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Intermittents & Festival in Cannes 06bFortszetzung von...
6) Jean-Marc Adolphe chatte - le monde cip-idf - 7.5.2004
MrBongare : Comment un écrivain peut-il avoir le statut
d'intermittent du
spectacle ? Serait-ce légitime à votre avis ? Jean-Marc Adolphe : Je ne suis pas sûr que le statut d'intermittent du spectacle soit le plus approprié au métier d'écrivain. La question que vous posez soulève un vaste problème qui est celui de la répartition des droits d'auteur, et plus largement de l'existence d'une véritable diversité éditoriale, qui est aujourd'hui malmenée par les concentrations phénoménales auxquelles on assiste dans le domaine de la distribution (Hachette notamment). LE FINANCEMENT DE LA CULTURE Milton : Qui doit décider quelles activités "artistiques" doivent bénéficier du soutien public ? Pourquoi le spectacle et pas la peinture, l'écriture, l'architecture ou le jeu d'échecs ? Jean-Marc Adolphe : C'est une bonne question. Je n'ai pas la réponse. Un débat sur cette question devrait pouvoir s'ouvrir. Stefanl : Se dirige-t-on vers une culture "commerciale", ou seuls les événements médiatiques, grand public, seront-ils à même de s'attirer les financements publics, s'ils existent encore, et plus sûrement privés dans le cadre de la loi sur le mécénat privé ? Jean-Marc Adolphe : Pourquoi dites-vous "se dirige-t-on vers" ? Nous y sommes déjà. Certes, la situation en France est moins catastrophique qu'elle ne l'est en Espagne ou en Italie, pour prendre en exemple des pays que je connais bien. Mais précisément, si nous n'y prenons garde, nous sommes guettés par une "berlusconisation" générale des consciences. Je me réjouis à ce propos que le tribunal administratif de Paris ait retiré à l'émission "Popstars" le statut d'œuvre audiovisuelle que lui avait accordé le Conseil d'Etat. Gil75 : Tout le monde s'accorde à dire que le système de l'intermittence est une subvention à la création. Ne faut-il pas revoir ce système et ne pas le faire reposer uniquement sur les salariés du privé ? Nous voulons une culture forte ? Alors posons la question : qui paie ? Jean-Marc Adolphe : La bonne réponse est de s'interroger : pourquoi le régime d'intermittence est-il effectivement devenu une subvention déguisée à la création ? Le rapport Latarjet qui va sortir de façon imminente établit que le financement par l'Etat de la création artistique en France ne représente plus que 18 %, les 72 % restants étant assurés par les collectivités territoriales. C'est ce désengagement de l'Etat de toute politique culturelle qu'il faut interroger. Milton : Le système de l'intermittence me donne l'impression que les artistes sont rémunérés par l'argent qui devrait servir à payer les allocations-chômage des ex-Moulinex, au lieu d'être rémunérés par les sociétés de production qui les emploient.... Jean-Marc Adolphe : Tout d'abord, je voudrais manifester ma plus vive solidarité à l'égard des ex-Moulinex. Que l'on se rassure, les artistes ne sont pas responsables de la perte de leur emploi. Vous nommez à tort, dans votre question, les "artistes". Je peux vous assurer que l'immense majorité de ces artistes sont, d'un point de vue matériel et financier, loin d'être des privilégiés. Là où vous avez raison, c'est qu'effectivement, certaines sociétés de production délictueuses (elles ne sont pas si nombreuses, et il serait très facile de les sanctionner) profitent de façon éhontée des failles du régime de l'intermittence (travail non déclaré, cotisations non versées, etc.). MrBongare : Pourtant, aux Etats-Unis, pays de la marchandisation de la culture, on peut trouver le film français Dans ma peau en DVD, et en France, pays de la culture, pays de ce film sorti au cinéma il y a un peu plus d'un an, il n'est toujours pas disponible, ni même prévu. Jean-Marc Adolphe : Vous avez raison. Les Etats-Unis, c'est absolument formidable : voyez ce qui s'y passe en ce moment. A ce propos, j'ai reçu hier un e-mail de Michael Moore. Son prochain film sera présenté au Festival de Cannes mais interdit à la distribution aux Etats-Unis. Vive la liberté de circulation des marchandises ! LES POLITIQUES ET LES ARTISTES Seb1508 : La droite est-elle responsable de ce désengagement ou dépasse-t-il les clivages politiques ? Jean-Marc Adolphe : La gauche n'a pas été très courageuse, c'est le moins qu'on puisse dire. La droite n'est pas responsable. Il y a un responsable : c'est Jacques Chirac. Pour quelle raison secrète a-t-il fait de l'UMP l'Union pour le Medef au pouvoir ? Khems75 : Comptez-vous vous associer avec le mouvement des "recalculés" pour obtenir satisfaction sur vos revendications, qui, me semble-t-il, se rejoignent ? Par ailleurs, qu'attendez-vous de l'intervention de Jean-Pierre Raffarin ce soir ? Jean-Marc Adolphe : Je ne suis qu'un modeste journaliste. Les coordinations d'intermittents se sont déjà très largement solidarisées avec les "recalculés", et plus largement avec tous ceux dont on ne parle jamais et qui sont d'ores et déjà exclus de toute indemnisation-chômage. Ce que j'attends de l'intervention de Jean-Pierre Raffarin ? De pouvoir, une fois de plus, ne pas allumer la télévision ce soir. Zano : Face à l'"autisme" du gouvernement, les directeurs des institutions culturelles françaises ne devraient-ils pas déposer leurs démissions (je pense aux chercheurs) ? Jean-Marc Adolphe : Absolument. L'idée d'une démission collective des directeurs d'institutions culturelles est une proposition que j'avais lancée cet été en pleine grève au Festival d'Avignon. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'a pas eu beaucoup d'échos. Dany : Vous parlez de Chirac et du Medef, mais quel pays n'est pas soumis à la mondialisation en dehors de la Corée du Nord (même Cuba s'y est mis, avec l'industrie du tourisme) ? Où trouve-t-on dans le monde des intermittents heureux ? Jean-Marc Adolphe : J'ai la faiblesse de croire à l'existence, même en Corée du Nord et à Cuba, d'une société civile digne de ce nom. Thomas : Pourquoi le nombre d'intermittents a-t-il doublé en dix ans ? Jean-Marc Adolphe : Excellente question. Contre tout ce qui a été affirmé jusqu'à présent, ce doublement n'est pas dû aux seuls "abus". Il suffit d'ouvrir les yeux. Je suis originaire d'une ville du centre de la France, Châteauroux, environ 50 000 habitants. Il y a dix ans, il n'y avait pas le moindre théâtre, pas la moindre compagnie, etc. Aujourd'hui, il y a une médiathèque qui refuse du monde, un grand théâtre, l'Equinoxe, qui accueille de nombreux artistes, et des compagnies ont commencé à se créer. On nous répète à satiété qu'en France la démocratisation culturelle a échoué. Il y a au moins une démocratisation qui a réussi : c'est celle de l'accès aux pratiques artistiques et culturelles. Je viens d'un milieu extrêmement populaire, je suis aujourd'hui rédacteur en chef d'une revue culturelle. Tout seul, je ne suis pas assez nombreux, mais je suis loin d'être isolé dans ce cas. Aujourd'hui, nul besoin d'être un "héritier", de sortir d'un conservatoire de musique ou d'art dramatique pour se lancer dans une activité artistique. C'est peut-être cette formidable démocratisation en actes que la réforme du régime de l'intermittence voulue par le Medef cherche aussi à éradiquer. Quand on est cultivé, généralement, on est moins docile. Septik : Les structures culturelles se multiplient et c'est bien, mais le public suit-il ? Les théâtres parisiens semblent s'être serré la ceinture depuis le début de la saison... Jean-Marc Adolphe : Pour voyager très régulièrement hors de Paris, y compris jusqu'en des contrées fort improbables, je peux vous jurer que le public (un public souvent jeune et enthousiaste) est présent et bien présent. Si certains théâtres parisiens ont dû effectivement se serrer la ceinture, ce n'est pas faute de public, mais faute des moyens nécessaires pour maintenir une activité artistique plus riche. Dany : Cette revue culturelle que vous dirigez est-elle massivement lue dans le prolétariat, ou vise-t-elle d'autres CSP ? Est-elle subventionnée et dans quelles proportions ? Jean-Marc Adolphe : La revue Mouvement n'est pas subventionnée. Nous n'avons pas fait d'étude de marché, nous n'avons pas de public-cible. Je suis incapable de vous dire si nous avons des lecteurs prolétaires ou CSP (qu'est-ce que ça veut dire ?). Seb1508 : Que diriez-vous aujourd'hui à un jeune qui voudrait se lancer dans une carrière culturelle ? Jean-Marc Adolphe : Je lui répondrais par cette très belle formule du poète Joé Bousquet : "Auras-tu le courage d'être jusqu'au bout la poésie qui te concerne ?" Chat modéré par Constance Baudry et Stéphane Mazzorato Posted: Fr - Mai 7, 2004 at 07:07 nachm. > |
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